FR - interview de Diego Bianchi (DB) par Rudolf Samohejl (RS)

RS: Diego, quand on entre dans l’espace de la galerie, on voit une accumulation d’objets autour et à l’intérieur d’un espace évoquant une situation de travail de bureau. Peux-tu parler de ce que l’on voit en entrant dans cet espace ?

DB: Ta question se rapporte à ce que je fais avec les gens ou à ce que moi je vois ?

RS: A ce que tu vois toi, lorsque tu pénètres dans l’espace de la galerie. Moi par exemple, je vois une installation autour d’objets ordinaires que l’on trouve habituellement dans un bureau. Ces articles semblent un peu démodés et ils sont assemblés plus ou moins comme dans une scénographie. En ce moment l’espace est désert mais le personnel de la galerie va travailler avec tes… A propos, comment les appelles-tu, ces objets ? Des accessoires, des sculptures ou bien tu ne leur donnes pas de nom ?

DB: Tu les as déjà décrits comme des « situations culturelles », non ?

RS: Non, non… - C’était une blague (rires)

DB: Je vois les objets assemblés comme des sculptures, mais chaque sculpture a un moment spécial. Tu prends un moment, un moment particulier, et c’est juste ce moment ; lorsqu’il est passé il ne reviendra plus jamais, ou alors, s’il revient, ce sera dans des circonstances différentes. Je pense à une sculpture comme à un tableau, en essayant de capter ce moment fugitif. Je pense aux objets en sachant qu’ils ne sont jamais les mêmes à chaque fois qu’on les voit.

RS: Je comprends ; et d’où tires-tu ton inspiration pour ton travail, et pour cette exposition en particulier ?

DB: L’inspiration vient de la vie réelle. Il y a des observations, des expériences et peut-être aussi une obsession quant à certaines situations. Par exemple, en ce moment je ressens le travail comme une idée abstraite, presque absurde. Ainsi, toi, tu fais quelque chose et tu ne sais pas exactement pourquoi ; parce que tu es là, qu’il est trois heures du matin, et que tu travailles. J’aime bien réfléchir à ce genre de situations, et j’essaye d’insérer l’absurde – les actions que le personnel de la galerie doit faire sont tout à fait absurdes… Mais en même temps, créer un PDF peut être tout aussi absurde.

RS: Du point de vue du visiteur ou de la personne qui connait mal le travail dans une galerie ?

DB: Oui, le travail d’une autre personne est toujours abstrait pour nous.

RS: Dirais-tu que tu es intéressé par une sorte d’archéologie ? Que tu essayes d’appréhender les choses, le travail de l’équipe de la galerie, et peut-être les stimuler… Par exemple, nous sommes en ce moment devant la sculpture du scanner. Veux-tu revenir sur la véritable signification d’un scanner et développer cette idée ou bien sur celle de la fonction du scanner ?

DB: Oui, j’ai pensé à l’importance des premiers scanners. Aujourd’hui ils ne sont plus populaires. C’est une machine que personne n’aime plus. C’était très différent il y a cinq ans, je me souviens très bien de ce moment. Un scanner représente une idée de travail, qui disparait ou se transforme en quelque chose d’autre. Je veux rester attentif à cette situation. Je ne juge pas, je me contente de montrer, mais c’est quelque chose qui est en train de disparaitre, et j’aime le prolonger une seconde de plus.

RS: Une « vie des choses », en quelque sorte ?

DB: Oui ; et aussi être conscient, un peu pour la conscience collective de la profondeur du présent.

RS: En principe, les gens ici savent utiliser un scanner, mais là ils offrent une performance avec le scanner, tout comme avec le vieil écran PC et la souris d’ordinateur. Quand tu commences à parler des gens qui jouent … quelle est ta relation au théâtral, ou au théâtre ? L’éclairage de ta présentation diffère beaucoup de la manière dont la lumière est utilisée habituellement dans un espace d’exposition.

DB: J’aime beaucoup les possibilités théâtrales des sculptures. Une sculpture n’est pas seulement une sculpture ; c’est quelque chose d’autre. Elle se transforme en acteur, ou en estrade pour une action chargée de contexte.

RS: La situation ici semble presque être une scène pour différentes activités.

DB: Les lumières sont importantes pour produire des images spécifiques et pour individualiser les situations. Finalement je pense à la forme et à la manière dont je peux construire une forme intéressante avec telle personne et tel objet. Je suis conscient d’exiger un sacrifice.

RS: OK. Une question me vient à l’esprit à propos de ton idée de l’extérieur de la galerie en contraste avec l’exposition dans ses murs, et l’espace du bureau. De la rue, la galerie semble fermée. Non seulement tu as déplacé les postes de travail de l’équipe de la galerie mais également l’entrée du lieu. Tu as créé une voie d’accès que les visiteurs doivent parcourir pour pénétrer dans l’espace. Cela semble brouiller l’approche habituelle d’une chose.

DB: Je pense qu’il est important que le public travaille pour pénétrer dans une situation artistique, et qu’il ait une sorte de réflexion physique – une véritable expérience. C’est beau ce long chemin vers l’entrée.